Un atelier pour les architectes en herbe

Manipuler les volumes tout en concevant la ville écologique de demain, c’est l’objectif de l’exposition « Jardiner la ville », actuellement à la Maison de l’architecture de Marseille. Elle propose aux enfants d’apprendre les bases de l’urbanisme, en y intégrant un élément : la nature.

Un grand plateau composé de 14 cubes de bois. Sur les côtés, des chariots à bras chargés de pièces de couleur. La salle centrale de l’exposition ressemble à un jeu de construction géant. L’exposition nomade « Jardiner la ville », orchestrée par la Maison de l’architecture et du patrimoine est ouverte aux particuliers et aux scolaires. Cette année le développement durable est au programme de l’Éducation Nationale. Dans les deux cas, la visite se fait en groupe, afin de susciter l’émulation et le dynamisme. L’objectif : proposer aux enfants de 7 à 12 ans de concevoir les correspondances entre l’architecture urbaine et la nature et de se les approprier.

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Quelques minutes de théorie avant de passer à la pratique.

Exposé citoyen

Les séances d’1 h 30 à 2 h débutent par un petit exposé. Dans un coin, au-dessus de canapés, plusieurs panneaux abordent en détail et en chiffres, les friches, les façades végétales, les jardins partagés, et autres coins de nature en milieu urbain. « On essaye de partir de ce que les enfants connaissent », explique Melissa, chargée de l’exposition. « Ceux qui ont grandi en ville ne se rendent pas toujours compte des lieux où ils rencontrent la nature autour d’eux. On essaie de leur expliquer qu’il y en a ailleurs que dans les magasins de fleurs. »

Pour faire des enfants des citoyens avertis et responsables : « Il faut leur faire prendre conscience que des gens autour d’eux se mobilisent pour transformer l’espace, le rendre plus habitable. Souvent, la nature en ville, ça part d’initiatives particulières, pas de politiques publiques. C’est plus que de simples jardins. C’est aussi un échange social, un développement économique », ajoute Adrien, étudiant lui aussi et employé à la Maison de l’architecture en service civique. « Mais évidemment, on adapte notre discours. Plus les enfants sont grands, plus on peut aller en profondeur dans ces thématiques. » Une fois l’exposition passée, les enfants manipulent des matériaux bruts dans une « matériauthèque ». Roche, bois, chaque élément est identifié selon ses caractéristiques et sa provenance géographique.

Place à la pratique

Après un gros quart d’heure, la théorie est terminée. Place à l’action et au ludique. Au milieu de la salle centrale trône une grande maquette, terrain de jeu immense. Il est composé de 14 blocs de contreplaqué, chacun d’une taille et d’une superficie différentes. Deux par deux, les enfants se voient confier un bloc, c’est-à-dire un quartier de cette cité postiche. À eux d’y bâtir leur ville rêvée. La consigne est simple : intégrer l’élément « nature » au sein de l’architecture urbaine. Tout en reliant les différents blocs entre eux, en formant – autant que possible – un tout cohérent. Dernière contrainte : les limites de l’imagination.

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Les enfants construisent la ville idéale.

Mais avant de lancer les travaux, il faut d’abord ranger la construction laissée debout par le groupe précédent. Récupérer cubes de bois, plaques de couleurs, et l’ensemble des 500 pièces qui parsèment le terrain. Compter ses ressources. « On fait l’inventaire ensemble, et on demande aux enfants ce qu’ils veulent voir dans chaque type de pièce. C’est important de le définir ensemble. » Une fois la construction lancée, le champ est laissé libre à la créativité. Le rôle des intervenants est limité à quelques « conseils méthodologiques ». « On leur dit, par exemple, de ne pas commencer par les routes, qui ne mèneront à rien. Ou encore, on tente de freiner certains enfants qui se lancent dans la construction de gratte-ciel à la hauteur démesurée. »

À la fin de la séance, parents et professeurs reçoivent un petit livret de jeu. Dedans, une carte indique les lieux où, à Marseille, la nature est à l’honneur. Une manière de prolonger l’expérience chaque jour, au détour d’une rue, au coin d’une allée.

Infos pratiques
– Entrée libre. Du lundi au vendredi, 9h-13h et 14h-17h /  Samedi, 10h-13h. Fermé les jours fériés.

La musique à petits pas

IMG_20151212_113732Initier à la musique dès le plus jeune âge. Le pari paraît ambitieux, mais c’est pourtant celui que s’est fixé l’association À petits sons. Ce samedi, nous avons été à leur rencontre. Entre autonomie et découverte, Gérard cherche à mettre en œuvre l’apprentissage « tout en douceur » vanté par l’équipe.

Sur le boulevard Longchamp à Marseille, certaines familles ont pris leurs habitudes. Le père ou la mère (parfois les deux) vient avec son enfant et s’assoit dans une grande pièce couverte de petits tapis colorés. Un animateur aux cheveux grisonnants est là pour les accueillir et entame son curieux concert. Tandis qu’il joue tranquillement de la guitare, les enfants sont invités à déambuler librement avec leurs parents dans un espace où de nombreux instruments leur tendent les bras. L’occasion pour eux de faire résonner et tinter les instruments en harmonie ou non avec les comptines de Gérard. La liberté est le maître mot de ces séances parents / enfants qui sont surtout l’occasion pour les bambins de faire leurs premières expériences musicales. Les parents quand à eux restent à leurs côtés et participent aussi à l’atelier.

L’activité ne dure qu’une petite heure, ce qui est d’autant plus compréhensible qu’il n’est pas forcément facile de maintenir la concentration de si jeunes enfants sur une longue période. C’est le cas par exemple de Charlie, venu pour la première fois avec sa mère Marie. Charlie a 18 mois, et à la fin de la séance, la fatigue commence à se faire ressentir pour lui comme pour les autres. En tout cas, sa maman semble comblée. Elle est venue pour l’ « éveiller aux instruments, à la musique » ; et la mission semble réussie. Un pari pourtant pas facile pour un enfant « encore petit » et « qui ne peut pas encore jouer ».

De la suite dans les idées

Une fois les touts petits partis, Gérard accueille une deuxième série d’enfants, plus âgés ceux-là. Des petits garçons et des petites filles de trois à cinq ans, parmi lesquels est venu s’intégrer un petit nouveau : Thomas, trois ans. Une sorte de suite logique en somme. Là les enfants sont plus cadrés et les parents sont absents. Gérard invite les participants à reproduire des sons et à combiner la musique et le mouvement en faisant se déplacer les marmots dans l’espace sur un thème imposé (à pas de géants, sur la pointe des pieds…).

Les minots savent se montrer dynamiques mais aussi un brin taquins. Comme lorsqu’une petite fille visiblement fatiguée rechigne à suivre les consignes. Ses petits camarades s’en amusent gentiment. En tout cas Gérard garde son énergie et c’est avec enthousiasme qu’il mène ces deux ateliers.

L’association À petits sons se situe eu 119 boulevard Longchamp, dans le premier arrondissement de Marseille. Plus d’informations sur http://apetitssons.com ou au 04 91 79 16 33.

Votre livre, avec ou sans cliché?

Chloé joue à faire le ménage, quand Gabin est pilote de Formule 1. Si ces stéréotypes paraissent vieillots, la littérature jeunesse n’hésite pas à en remplir ses rayons. Il existe pourtant de nombreuses librairies et maisons d’éditions qui proposent aux enfants de sortir des clichés. Rencontre avec deux femmes de livres. Béatrice Guillemard, éditrice indépendante, et Véronique Benay de la librairie La Boite à Histoires.

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Des best-sellers stéréotypés.

Béatrice Guillemard est fondatrice de la maison d’édition jeunesse indépendante Chants d’Orties. Dans sa collection, pas de princesse en robe rose attendant patiemment son prince charmant. Selon elle, la littérature pour enfants regorge encore, si ce n’est plus, de nombreux clichés : « Quand j’entends certaines personnes s’alarmer sur la théorie du genre distillée dans les livres jeunesse, ils doivent se rassurer! Il suffit de faire un tour dans une librairie d’enfants pour se rendre compte que les rayons regorgent de stéréotypes. Les livres qui proposent autre chose ne représentent qu’une toute petite partie de l’offre. Le reste, c’est pirates farouches, aviateurs virils et pompiers pour les garçons, livres roses, paillettes, et princesses qui attendent leur chevalier pour les filles. »

Des clichés qui rapportent

Ce n’est pas faute de proposer une offre alternative. Les maisons d’éditions telles que Chants d’Orties ont fleuri depuis 15 ans mais peinent à attirer le public hors de la littérature populaire. « Ce qui m’interroge c’est que lorsqu’on discute avec des parents, rares sont ceux qui souhaitent faire lire à leurs enfants des histoires qui véhiculent des clichés sexistes. Mais le marketing marche très bien pour ce genre de bouquins. Une couverture rose, bien girly, on vous rappelle que toutes les petites filles rêvent d’être une princesse, et ça se vend très bien. Lorsqu’on veut faire un cadeau il ne faut pas heurter les parents. On ne prend pas de risque et on achète ces livres qui monopolisent les têtes de gondole. »

Stéréotypés de plus en plus jeunes

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Véronique Benay.

Du côté du Cours Julien à Marseille, La Boite à Histoires vend des livres jeunesse principalement issus de l’édition indépendante. Véronique Benay, libraire, partage le constat d’une littérature jeunesse sexiste. “Les bouquins sont de plus en plus casés « bleu/rose », il y’a une vraie régression à ce niveau. Mais ce qui m’affole, c’est que c’est de plus en plus jeune. Avant le clivage se situait autour des 8 ans, maintenant, ces marqueurs de sexes peuvent apparaître à 2 ans.”

 

 

Lire autrement, ça marche aussi

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La Boîte à Histoires. 31, Cours Julien.

Pourtant, La Boite à Histoire s’en sort bien avec sa collection d’éditions indépendantes :  « Malgré la mainmise des deux groupes dominants Hachette et Interforum, on trouve un public. La littérature jeunesse est encore une niche parce qu’on a des parents prescripteurs, des enseignants qui mettent en avant la lecture.  Et puis les événements d’actualité terrifiants remettent sur le devant de la scène la nécessité de l’éducation, de la culture. Ça reste un marché difficile mais moins que pour une libraire généraliste. Avec le réseau de libraires indépendant Sorcières, nous défendons la petite édition mais sans squeezer les livres qui ont un succès certain, ce qui nous permet de tenir finalement. »

Quelques best-sellers présents en rayons, donc, mais soigneusement sélectionnés.

Les pépites de La Boite à Histoires

Vous avez du mal à choisir un livre pour vos enfants. Véronique Benay vous propose sa sélection.

opéraL’opéra volant de Carl Norac aux éditions Rue du Monde :
« Ce n’est pas une dernière sortie mais c’est un privilège des librairies indépendantes que de mettre en avant des livres qui peuvent passer inaperçu.
Rue du Monde est un bel éditeur engagé. Ce livre, c’est l’histoire d’un oiseau qui n’a pas sa place parmi les autres et va partir en voyage autour du monde. Il va rencontrer plein d’oiseaux qui ont tous une qualité propre et vont décider de former un Opéra. C’est un hymne à la musique, à la rencontre, avec des illustrations originales et magnifiques. »

 

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Le prince tigre de Chen Jiang Hong aux éditions École des Loisirs :
« C’est une très belle histoire illustrée à l’encre de chine. Une légende chinoise : une tigresse dont on a tué les petits. Elle ne l’accepte pas et va semer la terreur dans les villages alentours. Une seule chose calmera sa colère : que l’empereur lui abandonne son fils. Ce livre aborde la mort et la violence, mais avec une poésie absolue. Contrairement à ce qu l’on croit, c’est plus difficile pour les adultes que pour les enfants d’aborder ces thèmes. Ils sont beaucoup moins inhibés. C’est un terrain de moins en moins glissant pour les éditeurs, mêmes commerciaux. La première chose que recommande un pédopsychiatre par exemple lors d’un deuil, c’est de lire des livres jeunesse qui abordent la mort. »

Loïs Elziere.

 

Théâtre : les lutins brisent leurs chaînes

Mais que peuvent bien faire l’été les lutins du Père Noël ? C’est le titre de la pièce écrite et mise en scène par Jonathan Bidot au Théâtre Badaboum. La réponse est dans la question donc. Un Père Noël tyrannique et des lutins en burn-out, rencontre avec c’est auteur pour enfants peu orthodoxe.

D’où vous est venue l’idée de cette pièce ?

« J’ai vu un jour un enfant demander à ses parents si le Père Noël existait aussi l’été. J’ai ri et je me suis dit qu’après tout, c’était une bonne question. Mais le Père Noël ne m’intéressait pas plus que ça, sa figure est trop commerciale. Par contre les lutins oui ! Ils représentent un peu la classe ouvrière finalement. La genèse du projet s’est faite autour de cette idée là. »

La pièce raconte quoi alors ?

« Les lutins bossent à la chaîne dans l’atelier du Père Noël. Et comme beaucoup de gens qui bossent à la chaîne, ils font un burn-out ! Ils décident alors de partir en voyage pour découvrir le monde.
Mais c’est pas « Les lutins chez les brésiliens », « Les lutins en Égypte », « Les lutins en Chine »… ! Ils découvrent des paysages intérieurs et des pays imaginaires. Ce voyage, comme tous les voyages, va les changer. À la fin du spectacle, ils ne seront plus tout à fait au même endroit qu’au début. »

Qu’est-ce qui vous amène à travailler pour des enfant ?

« Je mets en scène ma quatrième pièce pour enfants. Ce qui m’intéresse, c’est cette histoire de quatrième mur qui n’existe pas avec eux. Il y a une petite convention au théâtre : à partir du moment où la lumière se baisse, les gens, qu’ils s’ennuient ou qu’ils soient contents, ils restent en retrait, silencieux et polis… Alors que les enfants, ils s’en foutent des conventions et de la bienséance ! Du coup sur le plateau vous êtes toujours obligés de composer. Vous avez un partenaire de plus : la salle. C’est difficile et en même temps hyper intéressant. On ne peut pas faire abstraction, il faut composer, les dompter, jouer avec quoi ! »

Et les éduquer ?

« Il ne faut pas oublier que ce sont de futurs spectateurs. Il y a une éducation à faire, une sensibilité à développer, des sens à ouvrir, une imagination à débrider. Oui c’est une éducation à faire, au sens le plus noble du terme. »

Mais vous n’êtes pas non plus dans un démarche pédagogique pure?

« Il y a une part de pédagogie mais je ne me place pas au même endroit que leur enseignant, je leur propose de découvrir un objet artistique. »

Le théâtre pour enfants, ça marche ?

« Il y en a de plus en plus depuis quelques années. Il y a eu des baisses de subventions assez drastiques dans la culture, mais pour l’instant le théâtre pour enfant reste une sorte de niche écologique assez protégée. Du coup, même les scènes nationales ouvrent leur programmation au jeune public. Et puis vous voyez bien, le théâtre contemporain, le théâtre « pour les grands », ça intéresse de moins en moins de gens, c’est de plus en plus chiant… Enfin je trouve. Avec les enfants il y a moins de contraintes, les choses sont beaucoup plus intuitives, et on n’est pas de obligé de tout légitimer par la pensée, par le conceptuel. »

Minots, à vos pinceaux !

IMG_0316La peinture : un moyen de se ressourcer, de se libérer. Mais aussi pour les enfants de faire un premier pas dans les arts plastiques. À l’association Gouache on l’a bien compris. C’est pour cela qu’elle ouvre ses ateliers à tous les âges, et notamment aux plus petits.

Dès que l’on entre dans le local de l’association, on sent l’esprit d’ouverture qui anime ses lieux. Les deux portes pour entrer s’ouvrent toutes seules, et les murs bariolés de la pièce principale ne laissent aucun doute. Tout autour, des cartons recouverts d’innombrables traces de peinture à l’eau. On est accueilli en toute simplicité et l’atelier peut commencer.

Sur un long présentoir, dix-huit teintes sont posées ainsi que quelques mélanges sur une deuxième rangée, plus en bas. En deux minutes, on installe une feuille sur un mur et on commence à peindre.

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Amélie accroche les œuvres des enfants.

Tout de suite on se sent en confiance. Amélie, qui anime l’atelier, se fait la plus discrète possible. L’objectif : éviter à tout prix de mettre une quelconque pression sur les participants en se montrant trop présente. Pas question ici de « jugement esthétisant ». Libre aux marmots de créer sans être pointé du doigt. L’état d’esprit est rassurant, surtout lorsque l’on n’est pas spécialement à l’aise un pinceau à la main. Petit à petit on progresse, et l’espace initialement accordé semble bien étroit. Qu’importe ! L’animatrice nous invite à ne pas nous laisser enfermer par la feuille et à étendre autant que nous le désirons notre espace. D’ailleurs, nous dit-elle, si les peintures ne sortent pas de l’atelier (pour rester dans une sorte de cocon), elles n’en demeurent pas moins archivées, ce qui laisse à leurs auteurs le loisir de les reprendre et de les continuer.

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Pierre, un des trois enfants présents ce dimanche, peaufine son œuvre du jour.

Tout au long des 90 minutes que dure la séance, les murs se remplissent progressivement de productions diverses. Ce dimanche, trois enfants (deux filles et leur frère) viennent avec leur mère. La venue en famille n’est pas encouragée (surtout si les parents sont du genre à mettre la pression à leurs enfants) mais elle n’est pas interdite non plus. Et cela peut fort bien se passer. Chacun vaque à ses occupations cela dit, pour ne pas dénaturer la spontanéité de l’exercice.

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Anna, l’aînée, contemple sa production

Le rôle de l’animatrice consiste plutôt à accompagner les participants et les enfants qu’à les guider. Pas question de leur dire quoi faire, ou de remettre en cause leurs choix. Mais plus de les encourager et de les aider à réaliser les désirs qu’ils formulent. Comme pour Charlotte, venue le samedi, et qui en début de séance cherchait à reproduire la couleur de « la peau de Pocahontas« . La responsable de l’atelier est venu l’aider pendant plusieurs minutes à opérer un mélange satisfaisant des teintes disponibles. Puis s’est effacée pour lui laisser accomplir son œuvre.

L’association Gouache se situe 56 rue Consolat à Marseille. Plus de renseignements sur fr-fr.facebook.com/atelier.peinture.arno.stern.marseille ou 06 50 13 40 49.

Cyrille CRESPY

La culture, ça se cultive !

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Il faut adapter les ateliers en fonction de la maturité des enfants (ici, un atelier de philosophie dès 6 ans)

Les enfants veulent-ils seulement faire de la pâte à modeler et des colliers de pâtes ? Rien n’est moins sûr ! L’offre culturelle se diversifie mais encore faut-il qu’elle soit adaptée au profil de l’enfant et qu’elle l’intéresse…

Atelier de philosophie, de codage, de cuisine bio ou encore initiation au maniement des platines, le panel d’activités s’élargit pour proposer de plus en plus d’ateliers atypiques. Permettent-ils aux enfants de s’épanouir pleinement ? Ou n’ont-ils que l’attrait de l’originalité ? Selon Guillaume Pellegrin animateur au centre de loisirs Le Coin des Minots : « Les activités culturelles de cet ordre permettent une ouverture sur le monde, un regard nouveau sur les autres. » Oui, à condition de ne pas brûler les étapes, surtout pour les plus petits. Comme l’explique Laurence Arnaud psychologue et neuropsychologue marseillaise : « Entre 4 et 6 ans, la capacité attentionnelle des enfants étant limitée, il vaut mieux privilégier des choses simples comme l’initiation à la lecture de conte ou l’éveil musical. » Pour les activités plus pointues, il vaut mieux « attendre que les goûts artistiques des enfants s’affinent. » 

Volonté d’enfants ou de parents ?

Mais cela se fait rarement sans l’impulsion des parents. « L’environnement familial doit être imprégné par la culture ; il faut inculquer à l’enfant le plaisir de se cultiver. » Pour autant, la psychologue nuance : « Il ne faut pas trop pousser son enfant pour en faire un petit génie à tout prix, cela pourrait le dégoûter. » Des propos que Guillaume Pellegrin prolonge : « Il faut toujours se demander ce que cela apporte au gamin (…) parfois les parents se projettent dans les activités de leurs enfants sans se demander le but qu’elles ont. » Autre difficulté pour les parents, éviter d’être omniprésent dans cette démarche. Bien que les ateliers parents-enfants aient la côte, il ne faut pas aller contre le « processus d’affirmation de soi » de l’enfant prévient Laurence Arnaud. L’idéal selon elle, est de privilégier des activités de groupe, où l’interaction avec l’animateur et les autres enfants est un moyen d’apprendre tout en se sociabilisant.

Inviter son enfant à se cultiver

Catherine Bonnet-Huby, forte d’une carrière d’institutrice longue de 40 ans et membre du GRIP (Groupe de Réflexion Interdisciplinaires sur les Programmes), explique : « Il faut être humble, ne pas taper trop haut et se demander : « Est-ce qu’en tant qu’enfant, j’aurais aimé faire ça ? » Et puis il ne faut pas vouloir en faire des monstres de savoir. Le mieux est de les écouter, et les attirer par la vie quotidienne à la culture. » Elle préconise de « faire des liens » entre la vie de l’enfant et les divers supports culturels. Catherine Bonnet-Huby souligne que les parents ne sont pas les seuls à jouer un rôle à cet éveil : « 100 % des enfants de 3 à 6 ans sont scolarisés, l’école doit adapter ses méthodes pour les ouvrir, c’est son rôle premier. » Et de conclure : « Le secret, c’est que la culture ne doit pas être quelque chose d’extérieur à la vie d’un enfant. »

Maëva DEFROYENNE & Boris LOUMAGNE

 

 

 

Atelier codage : minots 2.0

Laurence Bricteux a fondé à Marseille les premiers « atelier-goûters du code ». Plusieurs fois par an, sous forme de modules de trois samedis d’affilée, des enfants de 8 à 15 ans apprennent à coder à la BO[A]TE, espace de co-working sur le Vieux-Port. Objectif : appréhender l’informatique et Internet autrement.

Luca a 10 ans, il vient d’entrer en sixième. Après avoir mangé des bonbons et bu son soda, il entre dans le terminal de son ordinateur pour le nettoyer de tout virus. Pour épater la galerie, il essaie ensuite de hacker le site de son collège. Ses notes sont accessibles sur Internet, il veut montrer qu’il est capable de les modifier. En deux temps, trois mouvements, il change son 10 en anglais en un 18.
Tous ne sont pas des petits génies de l’informatique comme lui, mais la dizaine d’enfants qui suit cet atelier de codage fait corps avec l’ordinateur.

Ils sont tous sur code.org, un site pour qu’ils apprennent la logique du codage avec ce qui leur parle le mieux : des jeux Star Wars, La Reine des Neiges ou Minecraft. Le but, arriver à faire bouger R2-D2 ou Elsa en assemblant des blocs, à la façon des Lego, qui correspondent à des actions : « déplacer vers la gauche » ; « avancer de 100 pixels », etc. Enchainer les blocs créé une suite d’actions que le personnage va suivre. Chaque niveau est de plus en plus difficile, il faut avoir un esprit logique et mathématique pour les réussir tous.

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Laurence Bricteux est à l’origine de ces ateliers, et pour elle, les enfants doivent savoir coder dès le plus jeune âge : « En dehors d’être une activité comme une autre de création, ces jeux leurs apprennent la logique et la mécanique qu’il y a derrière les logiciels. C’est un nouveau langage. »

Elle forme un duo avec Brice Ha Phuoc Chi, un jeune développeur de 25 ans qui accompagne les gosses dans leur progression. Tour à tour, il va voir chaque enfant sur son ordinateur et l’aide en cas de pépin ou de blocage. Comme la complexité des jeux est croissante, faire faire une boucle à son personnage, chose pourtant simple sur le papier, devient rapidement un casse-tête. Mais passer chaque palier est primordial : « Apprendre le codage de cette façon sert à naturaliser le numérique, que le petit s’intéresse dès le plus jeune âge au monde qui l’entoure ».

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Brice Ha Phuoc Chi est en blanc, Luca est à gauche.

Dans un pays comme la France équipé en moyenne de 5 écrans par foyer, tous connectés à Internet, il y a aussi nécessité d’avertir l’enfant : « Ça l’entoure tous les jours, il est né dedans. Il faut qu’il comprenne ce qu’il fait. Il y a encore une fracture entre celui qui sait à quoi sert un bouton et celui qui va juste appuyer dessus. Cet atelier cherche à combler ce fossé », affirme Brice, en train d’aider Séléne, 8 ans, qui n’arrive pas à ce que la Reine des Neiges trace une étoile sur le sol avec ses pas.

Son papa, Olivier Petit, la regarde de loin d’un regard bienveillant. Il n’est pas le seul parent, chaque enfant est accompagné. Tous les adultes présents sont ultra-sensibilisés aux nouvelles technologies. Olivier par exemple, est développeur. Plus que des geeks qui s’assument, ils veulent que leur progéniture devienne indépendante sur la toile et s’amuse autrement. Sa fille Séléne est notamment arrivée toute seule à reconfigurer le clavier de son ordinateur pour que chaque touche joue une note de musique.
Pour ce père de famille, c’est la démarche que les enfants doivent suivre qui importe : « A chaque fois ils partent d’une page blanche. Et c’est ce qu’on essaie de leur apprendre : ne pas avoir peur de se tromper, d’essayer, d’essayer, d’essayer. Jusqu’à y arriver ».

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Séléne a enfin passé son niveau.

A la fin de l’atelier, après trois heures passées sur l’écran à crier victoire ou pousser des râles de frustration, les enfants commencent à se dissiper. Luca vient de gagner la course à qui finira Star Wars en premier. A l’heure de partir, il remet son titre en jeu pour le samedi prochain. Séléne, determinée, va relever le défi.

Adrian Jaouen.

Un atelier d’écriture en famille

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Delphine (à gauche) et les écrivains en herbe.

L’association La plume et l’image organisait samedi 21 novembre son premier atelier d’écriture parents/enfants. L’occasion pour les plus grands d’appréhender un peu mieux l’imaginaire des plus petits. Et vice versa.

La quiétude douillette de la librairie Maupetit est quelque peu perturbée en ce samedi matin ensoleillé. Une jeune femme s’agite à l’étage. Tréteaux, chaises, gâteaux et café, elle est en plein préparatif. Elle, c’est Delphine Bole, une des bénévoles de l’association marseillaise La plume et l’image. Et ce matin, c’est un peu son baptême du feu: pour la première fois, Delphine organise un atelier d’écriture fondé sur l’interaction entre les parents et les enfants.

10h30, l’atelier commence. Sept enfants de 8 à 12 ans et autant de parents ont fait le déplacement. Autour de la table, on baille un peu, on joue avec les crayons. « J’aimerais que tout le monde se mélange » s’exclame Delphine. « C’est un exercice de dissociation familiale » lui répond Annie-Claude, la mère de l’espiègle Nils. « Dans un premier temps, tout le monde va écrire un petit conte. Vous pouvez faire des fautes d’orthographe, vous êtes très libres, vous faites ce que vous voulez« . Delphine a peut-être parlé un peu trop vite. « On peut casser les vitres alors ! » glisse Nils. « Tu peux, mais il faut que ça soit dans ton histoire… »

La rencontre des imaginaires

Les consignes données, l’ambiance devient tout à coup très studieuse. Chacun s’escrime à créer un personnage original. Les parents, les yeux en l’air, cherchent l’inspiration. « C’est pas facile de créer une histoire amusante et qui tienne la route » avoue Valentine, la mère de Kamissa. Les enfants n’ont pas la même prévention: concentrés ils peaufinent déjà leurs créations. Et trouvent même le temps de les commenter. Roman, par exemple, aime écrire « surtout des histoires d’énigmes et de magie« . A ses côtés Léo. Lui aussi aime écrire: « Mais des fois j’aime pas. Mais quand j’aime, je suis emporté par l’histoire. »

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De l’écriture mais aussi un peu de dessin pour François et Roman.

Après une heure et demi de création en solitaire, vient le moment de l’interaction et de la rencontre des imaginaires. Delphine est à la baguette: « Maintenant vous allez découvrir le personnage créé par votre enfant ou votre parent et vous allez l’intégrer à votre histoire« . Et c’est là que les choses se corsent. Pour certains, la congruence est visible: « Je savais qu’il allait écrire sur les soldats ou les chevaliers, explique Annie-Claude, alors j’ai créé un personnage pouvant s’adapter à son histoire. » Quant aux autres, la rencontre entre les personnages s’annonce des plus cocasses. La jeune Anouk a imaginé le personnage de Jessie, 20 ans et originaire du Texas, dont la quête consiste à retrouver sa famille perdue. Une histoire réaliste à laquelle Anouk va devoir intégrer le personnage créé par Elodie, sa mère: un certain… »dragon nénuphar« .

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L’imagination reste le domaine privilégié des enfants: à gauche, les dessins de François, à droite, la « Pomme de trouille » de sa maman.

La fin de la séance approche. Certains parents, comme Olivier, n’ont pas fini leur histoire: « Je suis un peu long à la détente« . Tandis que les plus productifs n’ont plus qu’à agrafer les pages de leur conte afin de les transformer en un livre qu’ils pourront emporter avec eux. Ils pourront aussi ramener « un bon souvenir » de cet atelier qui a permis à Yamina d’avoir « un bel échange » avec son fils Roman.

Delphine, l’animatrice, l’avoue: l’enjeu de l’atelier dépassait le simple travail d’écriture. « Après les événements dramatiques de ces derniers jours, je voulais mettre à distance tout cela en jouant sur l’humour, l’absurde et l’insolite« . Et l’esprit de l’atelier a été respecté, comme en témoigne cette bibliographie non-exhaustive de la séance:

« Le nouveau Alien » de Nils; « Le squelette rose » de Kamissa; « Le mystère du bonnet d’Anne » de Lola; ou encore, le très surréaliste « Un quart d’heure et les huit planètes » de Roman.

Pour connaître les prochains ateliers de La plume et l’image, rendez-vous sur leur site internet: http://www.laplumeetlimage.fr/

Prix: 10 euros

Boris Loumagne

A l’Hopital Nord, une heure en dehors de la maladie

L’Association Loisirs, Animation, Culture des Enfants Malades (ALACEM) propose tous les jeudis matin de 10 heures à 11 heures un interlude musical pour les minots. Qu’ils aient un an ou 17 ans, ils viennent écouter Farid Bouachera, musicien, pour respirer et oublier la maladie.

Il est 9 heures et demi au deuxième étage du pavillon mère-enfant des urgences de l’Hopital Nord, à Marseille. Les murs des couloirs sont tapissés des dessins des enfants que les médecins et les infirmières accueillent tous les jours.
Dans la petite classe de l’école de l’hopital, Pierre Cairety, la cinquantaine bien tassée, boit son café. L’instituteur prépare avec Thomas Lavigne, 20 ans et président d’ALACEM, la matinée musicale des enfants.

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Farid Bouachera chante « Moi j’aime les bisous », une comptine qui les adoucit.

Les séjours des petits sont généralement courts, ils n’ont en majorité que des blessures bénignes et ne restent que deux-trois jours. Tout enfant tombe n’est-ce pas ?
Certains peuvent avoir des problèmes plus lourds, comme des graves brûlures ou des déficiences osseuses, mais cela reste rare. Entre chaque soin, le temps peut paraître long, comme l’affirme Thomas Lavigne. Il a longtemps été hospitalisé en raison d’une ostéogenèse imparfaite, et il a pu constater que même s’il y a école, « on a du temps à perdre dans l’hopital ». Alors, tous sont invités à venir écouter Farid Bouachera (qui fait partie de cette association), musicien et éducateur spécialisé. Il intervient pour la onzième année consécutive dans les hopitaux de Marseille.

« La musique va fédérer le groupe. C’est un moment de socialisation. L’atelier est avant tout un moment de parenthèse dans les soins. Les enfants vont tout oublier le temps d’une heure », explique Pierre Cairety.
C’est l’ancien président de l’association, Christian Duch, qui a instauré ces moments, « en raison d’une carence culturelle forte qu’il fallait combler », rappelle Thomas. Et aussi pour revenir à la vie normale l’espace d’un instant.

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Gabriel, petit blond, avec toute sa famille.

Des comptines aussi pour les parents

Farid s’est installé dans la petite salle en face de la classe, toute aussi bigarrée que le couloir. Elle fera office de scène. Cinq ou six enfants sont présents, accompagnés de leurs parents. Avec sa guitare et sa voix mélodique il entonne des chants enjoués et reprend des tubes récents. Attentionné, il regarde chaque bambin dans les yeux et leur sourit, leur pose des questions, les fait s’évader. Il leur a prêté des maracas, des tambourins ou des instruments plus atypiques comme le hapi ou le tamböa.
« Mon objectif est de faire venir la vie dans l’hopital. Je vais à la rencontre des enfants par la musique, en douceur. Je viens parce qu’ils en ont besoin », sourit-il.

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Celia joue du tambourin dans son lit.

Les parents sont là. Eux aussi ont besoin d’être réconfortés. Ils sont souvent plus préoccupés par les soucis de leurs enfants que les petits eux-mêmes, encore insouciants. Après avoir chauffé son assemblée, un peu timide, tout le monde se prête au jeu du musicien. Et lorsque les parents voient leurs enfants rire et jouer de la musique dans la plus grande innocence, leurs visages de décrispent.
Ils prennent un grand bol d’air frais, jouent des percussions avec leurs petits. Entre temps, ils les enlacent, leur collent de grands baisers sur le front. Ils se réconfortent mutuellement.

A onze heures sonne le glas de la séance. Samuel, un enfant très stressé au début de l’atelier, s’est totalement détendu. Il sourit, ne s’agite plus et ne pleure plus du haut de son fauteuil roulant. Thomas Lavigne l’a observé et glisse subtilement : « Regardez comment il s’est calmé. C’est pour ça que Farid vient, c’est pas compliqué ».

Adrian Jaouen.

 

Un champion de France pour vos enfants !

20131015_183204A Vitrolles et aux Pennes Mirabeau, Christophe Rasa, champion de France des DJ en 2001, initie les plus jeunes au maniement des platines. Au programme: un apprentissage théorique puis pratique, dès l’âge de 8 ans.

Mix synchro, bootlegs, points cue… Le monde des DJ peut paraître hermétique aux yeux – et parfois aux oreilles – des profanes. Mais avec un bon professeur, rien n’est insurmontable. « Il y a cinq ans, j’ai élaboré une méthode d’apprentissage simplifiée pour apprendre à manier les platines dès l’âge de 8 ans. » Christophe Rasa, ex-coqueluche des dance-floors français, se voit comme un « instructeur« . Une vocation pédagogique née en 2010. C’est à cette époque que le Pennois décide de mettre « un coup d’arrêt » à sa carrière pour quitter partiellement le « monde de la nuit« . Pourquoi? Pour « mettre [son] expérience au service de la jeunesse » en créant Station DJ.

400 enfants derrière les platines

Centres aérés, clubs de sport mais aussi hôpitaux, Christophe Rasa et son équipe de quatre DJ bénévoles s’attachent à mettre cette pratique musicale à la portée d’enfants issus de milieux très différents. Par ailleurs, le DJ s’emploie aussi à intégrer lors de ces cours des enfants atteints de handicap. « Je veux que tout le monde soit mélangé » explique-t-il, « il s ‘agit d’une façon pour les enfants valides de mieux appréhender la différence« . C’est aussi une thérapie : « Nous travaillons avec un garçon autiste depuis plusieurs années et je peux vous dire que la musique l’a aidé à aller plus facilement vers les autres. » Au total, en cinq ans d’exercice, Christophe Rasa a vu passer près de 400 jeunes derrière ses platines. Tous ont un profil différent : « Quand on travaille avec les enfants, il n’y a pas que la musique qui compte, il faut aussi une bonne dose de psychologie« . Beaucoup d’enfants reviennent d’années en années, d’autres participent au cours depuis le lancement de l’école.

Des cours théoriques

A chaque cours, Christophe Rasa et son équipe accueillent une quinzaine d’enfants et  mettent à leur disposition plusieurs régies composées d’ordinateurs et de platines. Mais avant de mixer leurs premiers morceaux, les minots assistent collectivement à un exposé théorique permettant de mieux appréhender les différentes facettes techniques de l’enseignement. Première partie du cours: apprentissage du vocabulaire des DJ. Où l’on découvrira, par exemple, qu’un « point cue » est un repère qui permet de synchroniser deux pistes entre elles. La deuxième partie de ce solfège moderne permet aux enfant de découvrir la structure des morceaux, leur architecture musicale. Par la suite, ils sont invités à se produire sur scène, à tour de rôle, devant un public.

Pour en savoir plus sur les cours dispensés par Christophe Rasa: djchrisrasa@hotmail.com ou 06 51 02 38 81 (1er cours d’initiation gratuit)